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Granvillage en reportage : Rudy, lombriculteur en Savoie

Dans la catégorie Une journée avec...
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Le 28 février 2024
Granvillage en reportage à la ferme lombricole des deux Savoie En savoir plus
rudy ferme lombricole

Rudy Lauberton a porté plusieurs casquettes. Mais c’est avec celle de lombriculteur et producteur d’endives et de champignons que nous l’avons rencontré. Circuit court, agriculture d’aujourd’hui et de demain, digitalisation de sa profession… nous lui avons posé quelques questions. À vous de découvrir le portrait d’un autodidacte passionné.

Vers, endives, champignons : toutes les vies de Rudy



Bonjour Rudy. Et si vous nous parliez un peu de vous pour commencer ?

Bonjour. Je m’appelle Rudy, j’ai 57 ans. Je suis ce que l’on pourrait appeler un autodidacte. J’étais soudeur, chaudronnier, cariste, j’ai mis de l’eau en bouteille à Evian. J’ai été éducateur pour personnes handicapées, sportif de haut niveau aussi. 

Il y a 13 ans, j’ai créé la Ferme Lombricole des Savoie, le 01 octobre 2011, à Ugine. On a d’abord commencé dans un dans un camion, puis on s’est installés dans des tunnels souterrains. Ces derniers m’ont amené à la lombriculture. 

Je me suis rapidement rendu compte que ça faisait un formidable compost et j’ai eu l’idée de mettre des racines d’endives dans ce compost. J’ai obtenu un super résultat. La preuve : je ne mangeais plus d’endives et je me suis mis à en remanger ! Petit à petit, je me suis fait connaître auprès des restaurants étoilés. J’ai commencé à cultiver des champignons, des pleurotes et des shiitakés. On a évolué, on a déménagé plusieurs fois pour s’agrandir. On est arrivés aux Échelles il y a maintenant un an et demi. On a  commencé à cultiver des champignons de Paris, ce qui nous a permis de multiplier notre chiffre d’affaires par quatre sur une année, et le tout en bio depuis 2018. 


Dites-nous, comment passe-t-on d’éducateur spécialisé à lombriculteur ?

En 2009 j’étais éducateur à Albertville. J’ai été licencié économique. Dans ma recherche de travail, je suis descendu dans le Midi pour être responsable d’un ESAT. J’ai alors dû trouver de nouvelles occupations pour les personnes handicapées. J’ai rencontré quelqu’un qui faisait de la lombriculture, qui élève qui donne des vers de terre et ça a piqué ma curiosité. Ça m’a parlé tout de suite, comme un coup de foudre. Je me, suis dit que je pouvais faire ça avec les usagers. Mais nous n’avions pas les mêmes points de vue avec la directrice, alors, ma période d’essai n’a pas été prolongée. Je suis rentré chez moi avec l’idée de faire de la lombriculture.


Quelles sont les similitudes entre vos vies professionnelles d’avant et votre vie professionnelle actuelle? 

Il n’y a pas de similitudes, mais des complémentarité. Je me suis directement lancé dans une production atypique. Je suis allé à la MSA (mutualité sociale agricole) et qu’on m’a dit qu’aucune case ne me correspond. J’ai su alors que j’allais devoir me former seul et me débrouiller. Mon passé de soudeur m’a permis de fabriquer mes outils, celui de cariste a facilité la partie manipulation et logistique. J’ai été arbitre pendant 25 ans, donc ça m’a aidé sur l’aspect relationnel avec mes clients, mais aussi à encaisser les coups, car ce n’est pas toujours facile d’être entrepreneur, surtout en France. Avec tout ça, j’ai pu me forger une carapace, j’ai appris à m’adapter à toutes les situations. Je suis arrivé un peu tardivement à ce que je fais maintenant, mais ce n’est pas plus mal.

Rudy chargeant un camion

Comment en êtes-vous venu aux endives et aux champignons ?

Dans un tunnel sous-terrain, il n’y a pas de photosynthèse. Il y a de l’humidité, de l’obscurité, donc on est assez limités sur le type de cultures possibles. Les endives et les champignons répondaient aux critères ! Comme j’ai dit, je ne mangeais pas d’endives, jusque’à ce que j’en cultive. La majorité des endives en France sont cultivées grâce à l’hydroponie. C’est à dire qu’elles poussent dans l’eau. En conventionnel, on autorise jusqu’à 17 produits chimiques. En bio, on autorise l’hydroponie avec une saumure. Donc, quand on achète de l’endives à 10 ou 12 euros le kilo en bio, on achète de l’eau. En 21 jours, une endive bio va peser dans les 300 ou 400 grammes et la conventionnelle va avoisiner les 500 grammes. Pour atteindre ce poids-là en 21 jours, il a forcément fallu forcer la croissance de la plante. L’endive a un goût très amer et une texture rêche. Moi, je les fait pousser sur la terre de mon lombricomposte. Je fabrique ma terre avec tous les déchets organiques de la ferme, les substrats, les champignons, les restes d’endives… tout est broyé et donné aux vers de terre qui en font un compost sur lequel je fais pousser mes endives l’année qui suit. Grâce à ce système, j’ai 2 % de déchets que que je mets réellement à la poubelle. Sinon, tout le reste est recyclé. Et je peux vous dire que tout ça, ça se ressent sur le goût !


Pourquoi le circuit court et quel en est votre vision aujourd’hui?

Le circuit court pour moi, ça devrait permettre aux producteurs de vivre (et ça aurait toujours du être le cas). Durant le covid, quand il fallait justifier une heure de sortie, on voyait du monde qui venait à la ferme chercher des champignons et des endives. Beaucoup de collègues se sont dit que ces gens-là allaient rester et revenir. Puis quand il y a eu la fin des restrictions, on a vu ces mêmes personnes faire la queue devant les fast-food et déserter nos fermes. 

Aujourd’hui, on est même point que post-covid. L’engouement était normal et naturel, mais on ne fait rien pour que les gens aient un pouvoir d’achat suffisant pour pouvoir faire leurs courses chez leurs producteurs locaux. On fait croire que si on consomme local, ce sera plus cher que dans les supermarchés. Alors que ce n’est pas la même qualité. Nous, on soigne le goût, on entretient la campagne, le biotope, les espaces vers. On se soigne par l’assiette. Quand on mange une endive cultivées avec 17 produits chimiques, ces mêmes produits se retrouveront dans notre corps. Nous, on fait moins de volume, mais on propose de la qualité

Rudy et ses champignons

Quelle est votre vision de l’agriculture de demain ?

J’ai vision assez morose de l’agriculture de demain, si on ne provoque pas de changements. Si l’agriculture de demain doit être viable, elle doit reposer sur les petits producteurs, les petites exploitations. Ce sont elles qui nourrissent les villes. Mais c’est de plus en plus dur, on bétonnise  au détriment des bonnes terres pour l’agriculture. On construit à tout va sur les bonnes terres à cultiver. Il faut recréer une agriculture de proximité.


Quelle place occupe la digitalisation dans votre quotidien ?

Elle a davantage de place dans ma vie professionnelle que dans ma vie personnelle. J’ai gagné beaucoup de temps avec Granvillage. Avant, je téléphonais à tous mes clients. Je marquais toutes mes commandes à la main et ça me prenait déjà deux heures le matin. Je devais ensuite faire une saisie pour faire des bons de livraison. Il y avait un fort risque d’erreur et donc une perte de temps potentielle. Il fallait ensuite organiser les livraisons et ça me prenait encore du temps. En digitalisant mon activité, je m’économise bien trois heures par jour. Quand on m’a présenté l’outil, j’ai tout de suite vu l’utilité et les bienfaits pour mon pour mon entreprise. Il a fallu convaincre quelques clients réfractaires de passer par le site, mais maintenant, toutes les commandes sont centralisées.

Rudy préparant ses commandes sur Granvillage

Rudy, avez-vous un dernier mot à partager avec les Granvillageois ?

Consommateurs, regardez ce proposent les petits producteurs près de chez vous. Et surtout, faites-les vivre. Regardez bien les prix quand vous allez dans un supermarché, la provenance des produits. Quand un supermarché fait une promotion, il gagne encore de l’argent. Un petit producteur vous fera rarement une promo. En revanche, le petit producteur va vous mettre une poignée en plus après avoir pesé. C’est sa promo à lui, son geste commercial Je pense que c’est le meilleur moyen de pouvoir continuer à faire vivre la filière, de continuer à pouvoir manger sain, d’envisager un meilleur avenir.


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Photos : Reportages métiers

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